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Dynamiser les dispositifs de formation à distance dans les pays en voie de développement par le biais d'Internet : le cas du CIFFAD

Cyrille SIMARD <cyrille.simard@francophonie.org>
Denis LOPEZ <denis.lopez@francophonie.org>
Sékou Chérif FOFANA <cherif.fofana@francophonie.org>
Agence de la Francophonie
France

English version

Résumé

Le développement rapide des Nouvelles Technologies de l'Information et des Communications (NTIC) a contribué à mener le CIFFAD, un consortium international francophone d'établissements de formation à distance ayant des activités dans plus de 49 pays, dont 80% sont considérés comme des pays en voie de développement, dans une importante phase de réingénierie. L'objectif de cette présentation est d'illustrer que l'appropriation graduelle et concertée des NTIC et des capacités du réseau Internet en particulier, dans le déploiement de projets de formation à distance, peu représenter une "méthodologie" efficace et garante de succès de même qu'un apport à la formation à distance comme discipline académique. Certains projets à caractères "nouvelles technologies" sont présentés. L'approche générale utilisée dans la conception et le développement de ces projets de même que certains résultats atteints et/ou prévisibles sont présentés. Finalement, un modèle pour l'appropriation des NTIC dans les pays francophones en voie de développement est présenté et discuté.

Table des matières

L'Agence de la Francophonie

Fondée en 1972 à Niamey au Niger, l'Agence de la Francophonie, autrefois connue sous le vocable d'Agence de Coopération Culturelle et Technique, est l'unique organisation intergouvernementale de la Francophonie et le princpal opérateur des Conférences bisannuelles des Chefs d'État et de gouvernement des pays ayant le français en partage, aussi appelés les Sommets francophones.

Regroupant 49 États et gouvernements de l'espace francophone, l'Agence abrite le secrétariat général des instances de la Francophonie, personnalisé par M. Boutros Boutros Ghali, et agit aussi en tant qu'agence de coopération multilatérale dans quatres grands domaines que sont :

  1. le droit, la démocratie et le développement;
  2. le développement économique et la solidarité;
  3. la culture et les communications;
  4. l'éducation et la formation.

Outre son siège à Paris, l'Agence dispose d'une École internationale de la Francophonie à Bordeaux (France), d'un Institut de l'Énergie à Québec (Canada), de bureaux de liaison auprès d'organisations internationales à Genève (Suisse), à Bruxelles (Belgique), à New York et de bureaux régionaux à Lomé (Togo), Libreville (Gabon), Hanoï (Viet-nam).

Le Consortium international francophone de formation à distance - CIFFAD

Le CIFFAD a été créé en 1987 et incorporé dans la programmation de l'Agence à partir de 1990. Il s'agit d'un consortium international francophone de formation à distance constitué autour d'un réseau d'établissements d'éducation et de formation de la francophonie qui élaborent et mettent en oeuvre des dispositifs nationaux de formation à distance et qui s'ouvrent sur des coopérations de types régionales. Le CIFFAD est animé par une Direction de la formation à distance, logée à l'École internationale de la Francophonie de Bordeaux.

Dans sa nature même, le CIFFAD a connu des mutations fortement influencées par la poussée phénoménale des Nouvelles Technologies de l'Information et des Communications (NTIC) et notamment d'Internet. En effet, à la création de la Direction de la formation à distance en 1996, le CIFFAD est passé d'un programme institutionnel ayant des objectifs de sensibilisation, d'information et de gestion de projets nationaux issus des pays membres à un réseau d'établissements avec comme objectifs, la consolidation des dispositifs de formation à distance, la création et l'adaptation de programmes et la dynamisation des capacités nationales et régionales en formation à distance. D'un programme institutionnel, il est devenu un réseau étendu de collaboration et d'échanges. Aujourd'hui l'utilisation d'Internet est une dimension essentielle de la vie même de ce réseau.

La mission du CIFFAD

La mission du CIFFAD est de :

créer et favoriser l'accès à des occasions d'apprentissage par le biais de la formation à distance et l'application pédagogique des nouvelles technologies en misant sur un consortium international d'établissements de formation à distance.

Les domaines d'intervention du CIFFAD

Le CIFFAD oeuvre dans quatre grands domaines prioritaires :

  1. l'éducation de base (alphabétisation, formation des maîtres);
  2. l'enseignement du français dans le monde (français langue seconde et langue étrangère);
  3. la formation technique et professionnelle; et
  4. les actions de solidarités (Équipements et dispositifs, formation à la formation à distance, mise en réseau, etc.)

Ainsi, les activités du CIFFAD touchent des publics variés allant des personnels de l'éducation, aux personnels du secteur productif et du secteur des services en passant par les personnels rattachés aux administrations et le public en général par la radio et la télévision.

Depuis ses débuts, le CIFFAD a créé des liens de collaboration étroits avec plusieurs organisations internationales parmi lesquels on retrouve : l'UNESCO, l'ISESCO, le COL (Commonwealth of Learning), l'ASAFFAD (Association africaine francophone de formation à distance).

Les projets du CIFFAD... un survol

Les projets que le CIFFAD mène depuis 1996 sont nombreux et variés comme en fait foi le tableau suivant.

Projets Public Pays
  • Création ou consolidation des dispositifs nationaux de Formation à distance
Tous publics 40 pays
  • Alphabétisation: formation des agents d'alphabétisation
1320 alphabétiseurs 9 pays
  • Enseignement primaire
  • Directeurs d'écoles
  • Instituteurs, conseillers pédagogiques, inspecteurs
150 directeurs

1300

10 pays

26 pays

  • Enseignement secondaire (français langue seconde)
  • Enseignants du 1er cycle
2000 enseignants 8 pays
  • Université, enseignement secondaire, adultes (français langue étrangère)
  • Apprentissage de la langue (VIFAX)
10 000 apprenants 7 pays
  • Mise en réseau des radios éducatives
Milliers d'auditeurs 17 pays
  • Télévision : apprentissage de la langue française
Tous publics 40 pays
  • Internet : mise en réseau des centres de formation à distance
Tous publics 40 pays
  • Formation professionnelle :
    • Chefs d'atelier (menuiserie, électricité, etc.)
    • Maintenance électronique
    • Agents des coopératives
20 formateurs

20 formateurs

500 techniciens

400 gestionnaires

5 pays

5 pays

6 pays

11 pays

Il s'agit là de projets amorcés depuis plusieurs années (sensibilisation, conception et adaptation). Actuellement, plusieurs d'entre-eux sont entrés dans une phase d'implantation expérimentale au cours du biennum 1996-1997. Le biennum actuel verra leur consolidation et leur démultiplication, en particulier par l'introduction des NTIC, car le CIFFAD connaît aujourd'hui une phase de réingénierie que commande la société de l'information.

Transiter vers la société de l'information : phase de réingénierie

Si les publics et les axes prioritaires du CIFFAD n'ont guère été influencés par cette véritable mutation technologique qu'on appelle la société de l'information, on ne peut en dire autant de ses dispositifs et de ses modes de prestation de la formation à distance. Il faut dire en effet, que traditionnellement, le mode de prestation généralement préconisé par le CIFFAD était le cours par correspondance assisté de tuteurs et d'encadreurs.

Cette phase importante de réingénierie amena l'équipe de la Direction de la formation à distance à développer une approche globale visant à dynamiser les dispositifs de formation à distance par le biais de l'introduction graduelle des NTIC et du réseau Internet. Cette dynamisation allait selon-nous toucher l'ensemble du dispositif, tant dans ces dimensions pédagogiques qu'administratives.

Dynamiser un dispositif de formation à distance par le biais des NTIC : vers un modèle ?

Dès lors se posaient trois questions majeures :

  1. Quelles sont les valeurs sur lesquelles nos initiatives peuvent s'appuyer afin d'assurer un degré d'acceptabilité optimal des NTIC?
  2. Quelle stratégie devions-nous adopter afin de favoriser une véritable appropriation des NTIC de la part des établissements partenaires ?
  3. Quels sont les initiatives phares que nous pourrions mettre en place et qui démontreraient la puissance des NTIC comme moyen de dynamiser les systèmes éducatifs des pays visés ?

Acceptabilité : les valeurs incontournables

La connaissance des réalités du terrain des pays en voie de développement est une condition essentielle de tout projet de coopération. À cet égard, il importe de bien définir le cadre de notre action dans le but d'adopter une stratégie d'implantation garante de succès. Les valeurs importantes sur lesquelles s'appui notre action sont explicitées dans les sections suivantes.

Valeurs politiques : information, sensibilisation, géopolitique

Dans les pays en voie de développement, la structure et l'appareil politique sont omniprésents. Il s'agit de sociétés où persiste un profond respect de la hiérarchie et des dirigeants politiques. Il est donc important de bien informer les acteurs politiques, de les sensibiliser à nos démarches et de gagner leur appui. Sans un appui fort provenant des responsables politiques, tout projet de coopération mène inéluctablement à l'échec.

Par ailleurs, au cours des dernières quinze années, la francophonie est passée d'une phase dite "culturelle", dans laquelle sa pertinence se traduisait davantage par une identité plurielle et "fraternelle", à une phase plus politique, dans laquelle sa pertinence se définie autour d'une "communauté d'intérêts". Si autrefois la francophonie existait par la présence de francophones, aujourd'hui ce qui existe ce sont des blocs géopolitiques diversifiés s'associant à une francophonie consolidatrice et ouverte sur le pluralisme. Cette transformation a contribué à l'émergence d'un certain régionalisme qu'il devient nécessaire de prendre en compte dans l'élaboration de tout projet de coopération.

Valeurs sociologiques : respect des cultures et de la langue, des hiérarchies et des structures, du rythme des sociétés, de la nécessité de modèles endogènes

Le respect des cultures locales et des langues nationales (dites aussi langues partenaires) est une valeur sociologique des plus importantes à conserver et à renforcer lorsque l'on oeuvre dans les pays francophones en voie de développement. Que ce soit le respect de la vision qu'ont ces populations des structures en place et de la hiérarchie, la volonté expresse qu'elles ont de favoriser les modèles endogènes afin d'éviter toute forme de placage provenant de l'extérieur, voire l'importance d'assurer une image de marque, un graphisme une iconographie multimédia correspondant davantage aux coutumes locales, chaque élément d'une intervention doit être étudié attentivement afin d'éviter l'importation de modèles inadéquats. Dans le contexte des NTIC, le mot clef à retenir afin d'éviter ces écueils est en langue anglaise; c'est "empowerment".

Valeurs économiques : précartité des ressources locales, exigences des bailleurs de fonds

Chaque intervention de coopération doit aussi tenir compte de valeurs dites économiques. Parmi celles-ci on retrouve la conscience aigüe de la précarité des ressources locales, de l'état souvent vétuste de certains équipements, bref de l'importance d'une utilisation judicieuse des ressources. La planification économique s'effectuant dans un tel contexte, s'effectue selon un principe d'accumulation graduelle.

Par ailleurs, il faut aussi considérer les contraintes liées aux exigences des bailleurs de fonds fonctionnent selon une logique interne propre correspondant malheureusement rarement aux réalités du terrain (échéanciers, années financières, etc.)

Valeurs technologiques : transfert technologique et transfert des savoirs, rythme d'installation des infrastructures

Quant aux valeurs technologiques à respecter, il convient d'en mentionner deux principalement. La première et sans doute la plus importante, est d'assurer un véritable transfert technologique vers les pays en voie de développement. Les actions qui impliquent un changement de type technologique doivent obligatoirement être accompagnées d'un ensemble de mesures de formation permettant un véritable prise en charge technologique de la part des partenaires locaux. De plus, il est essentiel de bien planifier les opérations afin d'adapter l'implantation de tout programme à caractère technologique au rythme d'installation des infrastructures locales afin d'éviter un démarcation trop grande voire la création "d'éléphants blancs".

Valeurs pédagogiques : paradigme pédagogique, technologie au service des programmes

Finalement et non les moindres, les valeurs pédagogiques les plus fondamentales et peut-être les plus universelles doivent être elles-aussi respectées. Dans un premier temps il nous apparaît important de bien connaître et respecter le paradigme pédagogique en vigueur dans la zone visée. Si les sociétés actuelles, tant au Nord qu'au Sud, connaissent d'importantes modifications de leur paradigme éducatif cela ne veut pas dire pour autant que cette mutation se fait au même rythme et selon la même progression partout. Dans les pays francophones en voie de développement, le modèle "traditionnel", qui accorde une place prépondérante à l'acte d'enseignement et à l'enseignant, est encore fortement présent par opposition aux nouveaux paradigmes éducatifs (constructivisme, phénoménologisme) qui placent davantage l'apprentissage et l'apprenant au centre de l'action pédagogique.

Par ailleurs, s'il est une valeur pédagogique importante qui doit nécessairement être respectée dans la coopération en formation à distance c'est bien la nécessité de voir la technologie au service des programmes. Trop souvent avons nous vu des artifices technologiques se présenter comme des panacées à la formation à distance alors qu'ils ne prenaient absolument pas en compte la portée pédagogique de leurs moyens.

L'efficacité : une stratégie... l'intégration verticale et horizontale

À la lumière des éléments précédents, la stratégie qui nous apparaît la plus efficace pour favoriser une réelle appropriation des NTIC de la part des organisations partenaires s'appuie sur la double volonté de créer un climat de relative "déstabilisation" (dissonance cognitive), considéré comme une condition nécessaire à l'adoption de tout changement, tout en favorisant un degré de confort suffisant pour que le changement ne soit pas rejeté parce que perçu comme une coupure trop dramatique par rapport au passé.

Concrètement, cela consiste à favoriser une approche d'intégration graduelle selon deux dimensions : verticale et horizontale.

Intégration verticale

L'intégration verticale se dit du processus par lequel l'intégration des NTIC dans les projets de formation à distance se fait par tranches successives, graduelles et intégrées partant de l'équipe de gestion (phase I), passant par l'équipe pédagogique (phase II) pour finalement aboutir aux apprenants eux-mêmes (phase III).

Cette approche a l'avantage de permettre une véritable appropriation des nouvelles technologies dans la mesure où l'on tente de respecter les valeurs ci-dessus précitées. En effet, on constate qu'il faut d'abord sensibliser l'appareil politique, avant de toucher les administrations comme telles. Au sein même des administrations, les gestionnaires doivent être être les premiers bénéficiaires, pour que par la suite les concepteurs et pédagogues et éventuellement les apprenants eux-mêmes soient touchés.

En plus de ces considérations politiques et sociologiques, l'intégration verticale graduelle permet un respect des valeurs économiques (amortissement des investissements), technologiques (transfert technologique plus efficace) et pédagogiques (utilisation réelle des NTIC par de véritables acteurs dans leur fonctions quotidiennes en vue de l'amélioration des pratiques existantes plutôt que le placage d'un dispositif étranger).

Intégration horizontale

L'intégration horizontale elle, se dit du processus par lequel l'implantation des projets NTIC respecte un logique géographique allant des grands centres urbains (phase I), passant par les centre régionaux (phase II) aboutissant aux villages éloignés (phase III).

Il est clair qu' il serait difficile de faire autrement compte tenu de l'infrastructure technologique en place dans la plupart des pays en voie de développement. Souvent, le "backbone" d'Internet n'est accessible que dans les capitales même si ce phénomène change rapidement comme en font foi des projets au Burkina Faso et au Mali notamment. Par ailleurs, même si l'actuelle course aux sattelites risque de changer la donne considérablement en permettant un accès à des technologies de type numérique dans les endroits les plus inaccessibles, il faut ajouter que l'appropriation de ces technologies n'est pas uniquement une question d'offre du signal. Plusieurs autres considérations comme la formation , la maintenance des équipements pour ne mentionner que ceux-là sont encore fortement teintés par la géographie.

Pour ces raisons, mais aussi dans l'objectif de respecter le rythme des populations locales et de favoriser l'utilisation judicieuse des ressources disponibles, nous favorisons une intégration horizontale articulée autour des valeurs mentionnées précedemment.

L'image suivante résume en quelque sorte cette stratégie.

La phase de sensibilisation politique ayant été amorcée lors du sommet des chefs d'État de Cotonou au Bénin en 1995 (sommet qui amena la création d'une direction aux nouvelles technologies et d'une direction de la formation à distance au sein de l'Agence) et poursuivie lors de la conférence ministérielles des ministres chargés des inforoutes tenue à Montréal (Canada) en mai 1997, il devenait important d'asseoir la stratégie du CIFFAD sur des projets solides et bien articulés, des projets phares favorisant une expression concrètes et réelles de l'utilité des NTIC pour la formation à distance en adéquation avec les réalités du terrain, une expression visible favorisant l'effet d'entraînement.

Utilité et la visibilité : six projets phares

Un vrai réseau numérique de formation à distance

À travers le programme RELAIS de l'Agence de la Francophonie, qui vise l'établissement de points d'accès au réseau Internet dans au moins une centaine d'établissements francophones, une trentaine d'établissement membres du CIFFAD ont pu bénéficier d'une connexion en 1997. En 1998, la majeure partie du consortium aura accès au réseau. L'équipement nécessaire et la formation des usagers sont assurés par l'Agence, la connexion et l'abonnement sont assurés par l'organisation bénéficiaire.

Dans notre logique dites d'intégration verticale, il est clair que ce point d'accès profite dans un premier temps aux gestionnaires de l'établissement (phase I) qui sont en mesure de s'informer davantage sur la nature du réseau, de se former à son utilisation dans leur travail quotidien et à échanger avec leurs homologues des pays du Sud (courrier électronique et échanges de fichiers) ce qui autrefois ne se faisait que très rarement et impliquait des dépenses importantes.

Par la suite, se sont les concepteurs et pédagogues (phase II) qui seront appelés à utiliser cet outil dans leur travail de conception, de rédaction et de design pédagique de matériels utilisés en formation à distance (manuels écrits, outils audio-visuels, multimédia). Finalement, l'implantation de centre locaux de formation à distance en région éloignée (phase III) permettra un accès aux tuteurs délocalisés et aussi aux apprenants directement en bout de ligne.

Découvrir Internet

Découvrir Internet est un ensemble de modules d'autoformation à l'utilisation du réseau Internet, en format HTML. Ce produit d'autoformation est le premier jalon d'un programme de formation à distance pour l'appropriation des NTIC en francophonie que nous démarrons. Actuellement disponible sur le réseau (http://www.francophonie.org/Decouvrir) et sur cédérom, ce produit est utilisé en complément des formations initiales offertes aux établissements recevant une connexion au réseau Internet. Actuellement donc, ce sont surtout les responsables des établissements de formation à distance qui en profite (Phase I). Rapidement, les équipes pédagogiques (Phase II) peuvent en profiter de même que les apprenants (Phase III).

Le site Web guichet unique

Le CIFFAD a bien entendu développé un site Web (http://ciffad. francophonie.org) visant à appuyer les projets qu'il mène et les partenaires avec lequel il travail. Il s'agit d'un site Web orienté "services" qui se veut un guichet unique dans lequel on retrouve des instruments favorisant une pratique de la formation à distance de qualité. Le site est divisé en quatre grandes sections :

  1. Nous sommes... espace de connexion - lieu d'informations intitutionnelles sur le CIFFAD et ses membres et sur la francophonie dans son ensemble;
  2. Nous faisons... espace d'information - lieu de sensibilisation sur les programmes du CIFFAD;
  3. Nous offrons... espace d'utilisation - boîte à outils pour la formation à distance (programmes de formation "en ligne", guides divers, textes de réflexion, bases de données, index, manuels "en ligne", liens francophones, etc.)
  4. Nous discutons... espace de réflexion - lieu d'échanges et forum de discussions

Actuellement, le site est surtout orienté vers les services aux gestionnaires de la formation à distance (Phase I) de même qu'aux concepteurs (Phase II). Graduellement, son action sera aussi dirigée vers les autres couches du dispositif (Phase III) en mettant à disposition des formations en ligne, des ressources didactiques diverses, etc.

ORFFAD... vigie en ligne

ORFFAD est le sigle de l'Observatoire des ressources francophones pour la formation à distance. Il s'agit en fait d'un mécanisme de vigie sur la formation à distance comprenant une base de données (en ligne et sur cédérom) portant sur les établissements de formation à distance, les cours et programmes de formation à distance, les produits utilisés en formation à distance et les personnes-ressources en formation à distance dans la francophonie. À cela s'ajoute un bulletin d'information bi-mensuel et l'animation d'une série de forums de discussion sur la formation à distance. Cet outil est d'abord conçu pour les gestionnaires afin de favoriser l'information sur les ressources disponibles (phase I), par la suite, il est souhaité que les équipes pédagogiques sauront en tirer profit (phase II). Finalement, les apprenants eux-mêmes (phase III) pourront avoir accès à l'offre de formation à distance francophone au complet.

Radios branchées...

Le projet Radios branchées est un projet visant la mise en réseau des radios scolaires et éducatives, rurales et associatives de la francophonie. C'est un projet qui favorise l'échange et la co-production d'émissions éducatives radiophoniques. Le réseau se bâtit actuellement autour d'une dizaine d'établissements du Nord et du Sud qui s'équipent en audio-numérique et numérisent leurs productions; qui se relient au réseau Internet et échangent des émissions radiophoniques via le réseau. Dans ce projet, la phase I est caractérisée par la mise à niveau des équipements radio (mise en place de studios audio-numériques). La phase II sera le moment où entrera en scène la production, la co-production et l'échange d'émissions. À terme (phase III), nous souhaitons pouvoir développer et mettre à disposition sur Internet, une véritable bibliothèque d'émissions éducatives francophones autour de ce réseau planétaire francophone.

VIFAX... le français par la télévision et les inforoutes

VIFAX est d'abord une méthode originale pour l'apprentissage d'une langue étrangère. Le dispositif VIFAX-français est un système multimédia d'apprentissage du français langue étrangère qui, à partir des bulletins d'informations du réseau de télévision francophone international TV5, distribue des exercices par courrier électronique à des apprenants et de professeurs répartis dans un certain nombre de pays francophone où le français à un statut de langue étrangère (Bulgarie, Roumanie, Moldavie, Liban, Egypte). Les exercices sont réalisés et distribués quotidiennement soit pour renforcer l'enseignement dans des classes en présentielles mais aussi pour des apprenants individuels qui s'inscrivent dans une démarche d'autoformation. Étant donné l'état plus avancé d'utilisation des NTIC dans les pays cibles du programme VIFAX, nous pouvons déjà considéré que le dispositif est dans sa phase III. Par ailleurs, les démarches s'amorcent afin d'élaborer autour de la méthode VIFAX un dispositif complet de formation à distance sur une plateforme Web afin de le rendre complètement décentralisé.

Vers un modèle ?

Près de deux ans se sont écoulés depuis la création de la Direction de la formation à distance et de la Direction des Technologies de l'Information à l'Agence de la Francophonie. Cette période a vu naître un certain nombre de projets et l'actualisation d'un certain nombre d'autres. Tous s'appuient, de façon plus où moins extensive selon les réalités du terrain, sur les NTIC. Pour ce faire, l'approche retenue se voulait réaliste et pragmatique, visant la création d'un contexte de réceptivité accru par un déploiement vertical et horizontal graduel et intégré.

A cet égard, il est important de regarder le chemin parcouru et les conclusions mêmes partielles que nous pouvons tirer de notre expérience. Les leçons tirées peuvent se regroupées en cinq grandes catégories.

  1. Les décisions les meilleures sont toujours celles qui sont prises le plus près de la réalité. Tentez de coordonner l'installation de cent postes d'accès à Internet dans des pays d'Afrique sub-saharienne à partir d'un centre de coordination situé au Nord, en relation avec un fournisseur et installateur lui-aussi situé dans un pays du Nord, et vous comprendrez très rapidement la raison se cachant derrière cette assertion. Malgré une planification serrée, ce genre d'opération a été plus souvent qu'autrement sauvé par l'intervention ponctuelle de personnes locales, que ce soit pour faciliter le dédouanement d'appareils ou les négociations avec les prestataires de services Internet, ou pour effectuer l'installation des équipements et la formation des personnels impliqués. Il nous apparaît aujourd'hui essentiel de s'appuyer sur un réseau de collaborateurs solides et efficaces qui connaissent très bien les réalités du terrain pour mener à bien des projets dans ces pays.
  2. Trois mots à retenir quant au passage des pays en voie de développement à l'ère de l'information : rythme, rythme et rythme. En effet, bien que nous soyons conscient de la puissance des NTIC et des avantages qu'elles procurent, il faut éviter de précipiter cette transition. Le rythme des populations locales, du développement des inforoutes dans ces pays et de la réceptivité "politique" de ce changement social sont des éléments clefs à respecter. Le rythme des populations locales s'exprime dans le peu de temps de préparation qui fut réservé à l'accueil de ce type de technologie. L'informatique, par surcroît la microinformatique, de même que le foisonnement de microprocesseurs présents dans la vie d'un individu moyen des pays dits développés ont contribué à une transition en douceur vers les NTIC. Tel ne fut pas le cas en Afrique sub-saharienne. Il existe donc des besoins de formation en amont des nouvelles technologies qui demeurent essentiels à combler. Par ailleurs, il faut bien garder en ligne de compte l'état du développement des infrastructures de communications de même que le coût encore important que représente un abonnement au réseau Internet dans plusieurs de ces pays (surtout lorsqu'on connnait la capacité de payer de plusieurs administrations locales). Ainsi, le développement de sites Web à contenu lourd, la mise en ligne de ressources, et les structures d'échange gagnent à être développés dans un souci de simplicité et d'efficacité. Un cédérom hybride (incorporant un mode connecté et non-connecté) sera un outil plus performant qu'un site Web unique, une liste de distribution par courrier électronique sera plus utilie qu'un forum de discussion sur le Web, le téléchargement d'un manuel à partir d'un site FTP sera plus utile qu'un manuel "en ligne". Bien entendu, il s'agit là de mesures transitoires mais elle sont essentielles dans plusieurs circonstances.
  3. Tout projet d'intégration des NTIC dans les pays en voie de développement doit s'inscrire dans la durée. En effet, il faut savoir visé loin et juste mais aussi conserver alerte sa capacité de réaction dans un contexte de changement rapide. Chaque pièce mise en place aura des retombées plus importantes que celles anticipées au départ. Or dans un contexte de mutation cet élément est encore plus véridique. L'arrivée d'un bouquet de sattelites numériques peu changer le contexte d'un projet radicalement.
  4. Il faut regarder la réalité telle qu'elle est et non telle que nous pensons qu'elle est. Si les résultats tangibles de l'utilisation des NTIC sont difficilement mesurables quant on les comparent à la situation des pays les mieux nantis, mis en contexte, ils sont des véritables sauts quantiques. Comparez le temps nécessaire à faire parvenir un texte de dix pages, par la poste, de Réo (Burkina Faso) à Bordeaux (France) au temps nécessaire pour l'envoyer en annexe à un courrier électronique en 1998. Un mois à comparer à une demie-minute ? Ajoutez le temps nécessaire pour que chaque personne relève son courrier (ajoutons deux jours de perte possible si les interlocuteurs sont des novices)... la démonstration parle d'elle-même.
  5. L'accompagnement dans le changement est incontournable. Le changement réel ne s'opère que s'il est véritablement accompagné d'un train de mesures d'appui. Inutile de rêver à une véritable appropriation des NTIC dans les pays en voie de développement si cela ne se traduit pas par la formation des usagers. Or cette formation en soit permettra l'apprentissage des outils. Mais comment se fera l'apprentissage de l'habitus, l'intégration réelle et complète de l'utilisation des ces outils dans le travail quotidien ? Voilà le défi. L'exemple le plus frappant est sans doute l'encadrement nécessaire afin de mettre les utilisateurs dans des situations réelles où l'outil devient nécessaire et dans lesquelles ils peuvent apprécier son utilité.

Ce modèle ne se veut pas une réponse unique à des questions qui, quoi qu'on disent, sont essentiellement multiples. Affirmer le contraire serait en contradiction profonde avec les valeurs sur lesquelles se fondent notre action. Par ailleurs, nous croyons que notre démarche générale risque de contribuer à la création d'un contexte favorable à une véritable appropriation des NTIC dans les pays où nous oeuvrons. Déjà les premiers signes sont encourageants. Il faudra continuer d'étudier le phénomène avant de se prononcer plus sérieusement sur l'adéquation de notre approche. Mais surtout, il ne faudra pas perdre de vue l'adaptation nécessaire à chaque action ponctuelle que nous menons afin de ne pas dévier de notre inspiration première; faire en sorte que les établissements et les personnes deviennent de véritables agents de changement dans leurs contextes respectifs et cela pour le bien des populations visées par notre action de coopération.

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